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    Un Funambule sur le sable Gilles Marchand

    AUX FORGES DE VULCAIN

     

    Deux médecins, la mine grave, s'avancèrent vers lui tandis que les battements de son cœur diminuaient leur cadence. Le poids de sa mâchoire inférieure l'empêchait de prononcer la moindre parole.
    "La maman va bien, lui dit le premier.
    -Et mon fils, comment va mon fils?
    -Il va bien. Mais...
    -Mais quoi?"
    Le médecin cherchait visiblement l'aide de son collègue qui, de son côté, avait trouvé refuge dans la contemplation de sa pointure 41.
    "Nous ne comprenons pas comment cela est possible.
    -De quoi parlez-vous? Comment va mon fils?
    -Il va bien. Mais il a un violon dans la tête."

     

    Ainsi commence ce livre.
    L'annonce faite au père.
    Avant même de poursuivre la lecture, j'ai réfléchi.
    Moi, j'aime bien mettre des mots sur des maux.
    Tout le monde sait qu'avoir un violon dans la tête, ce n'est pas possible.
    Le ton est donc donné dès le départ.
    Voici une histoire flirtant avec le fantastique, qui va jouer sur les sens et l'imaginaire du lecteur, libre d'interpréter à sa guise la maladie ou le handicap de l'enfant qui vient de naître.


    Avoir un violon dans la tête.
    Je pense aussitôt à deux expressions dans la même veine peut-être:
    Avoir une araignée au plafond ou un petit vélo dans la tête.
    Deux expressions que l'on emploie généralement pour désigner un comportement suffisamment extravagant pour faire penser à la folie.
    L'enfant serait-il simple d'esprit voir mentalement handicapé?


    Je poursuis ma lecture.
    Quelle est donc cette étrange maladie, jamais nommée dans le roman?

    Mais l'intérêt est ailleurs.


    A six ans, lorsque le petit garçon entre enfin à l'école, il est surnommé Stradi.
    Car la maîtresse avait expliqué que les meilleurs violons étaient les Stradivarius.
    Et ce surnom apprend à l'enfant à assumer sa différence et à en être fier.
    "Je n'étais rien et je devins Stradi comme quelqu'un qui aurait un super-pouvoir".

    Pour garder sa place à l'école et pour que les cordes du violon ne se rompent pas, le jeune garçon doit subir un traitement. Chaque mois, et ce durant dix ans, Stradi reçoit dans son oreille un produit injecté par une seringue.
    C'est affreusement douloureux et traumatisant.


    "Mon violon restait sans timbre, se gorgeant peut-être du liquide qu'on lui avait administré par je ne sais quel chemin à travers les dédales de mon cerveau".

    Avec Max, un petit garçon qui boîte, tous deux seront durant leurs années de scolarité, des phénomènes, des cas et aussi des modèles d'intégration.
    L'invisibilité du handicap de Stradi, contrairement à Max, lui donne un statut à part, teinté de suspicion.


    "J'étais quelque part entre l'enfant normal et l'enfant handicapé"


    Mais il a la musique pour se protéger de toutes les moqueries, maladresses et incompréhensions des enfants et des adultes.
    "Je ne pouvais empêcher mon esprit de vagabonder. Et un esprit doté d'un instrument de musique ne vagabonde pas en silence".

    Entre un père inventeur, "des airs de savant fou au regard illuminé" et sa mère , enseignante dans un lycée, Stradi grandit presque normalement et  fait la conversation aux oiseaux.
    Son père s'interroge: "Pourquoi et comment est-ce qu'un enfant né d'un homme et d'une femme normalement constitués peut entrer en communion avec des volatiles?"
    "Ma mère ne pouvait s'empêcher de se demander ce qu'elle avait pu faire pendant sa grossesse pour que je naisse avec un instrument dans le crâne et mon père souffrait de son impuissance à me sortir de ce mauvais pas".


    Pour les parents d'un enfant handicapé, la blessure est profonde. Elle vient bousculer en un instant passé et avenir, image de soi et image de l'autre, et met à jour la culpabilité et l'abattement.

    A 18 ans, Stradi entre dans la vie d'adulte, prend son envol, se rapproche de l'océan, "le seul endroit où il se sent n'importe qui " et découvre l'Amour.

    Stradi vit, faisant face à une réalité tantôt pleine d'espoir, tantôt tétanisante.

    Les situations sont poignantes et cocasses, on sourit, on rit, l'émotion nous cueille.

    On est happé par ce roman-poème, les jeux avec les mots, cet univers musical et onirique.

    Et dans ce roman, à la manière d'un conte, à la langue simple et claire, la musique, la satire, l'humour et l'amour trouvent leur place de manière fantaisiste, décalée, et cependant émouvante.

    Le roman oscille toujours entre fantaisie et gravité. L'humour voile pudiquement l'aspect tragique.

    Ce roman très touchant et original m'a fait  penser à

    L'écume des jours de Boris Vian.

    Mais pour Chloé, c'était un nénuphar qui grandissait dans son poumon droit.

    Ce violon omniprésent fait de ce livre, un livre-objet qui s'écoute comme il se lit.

    Et cette musique résonne exceptionnellement en nous, longtemps après avoir refermé ce livre et ne peut en aucun cas nous laisser indifférent.

     

    C'est la première fois que je lis Gilles Marchand et j'ai pris énormément de plaisir à pénétrer dans son univers sérieux et fantaisiste à la fois, enrichi d'une multitude de références musicales des années 60/70.

    On sent complétement que Gilles Marchand a pour passions la musique, la chanson, le cinéma et  la littérature.

    D'ailleurs, en lisant ce livre, le film "Forrest Gump" s'est aussi imposé à moi.

     

    Pourquoi allez-vous aimer ce livre?

     

    -Parce que la couverture est très belle

    -Parce ce que c'est l'histoire d'un petit garçon très courageux, intelligent, sensible qui né et grandit avec un violon dans la tête,

    qui vit au quotidien des choses difficiles, qui se bat et qui s'en sort.

    -Parce que c'est aussi une magnifique histoire d'amour qui relie Stradi à Lélie.

    Cela déborde d' Amour, fou et évident, qui nous rend, comme eux,

    délicieusement et profondément heureux.

    -Parce que c'est émouvant de voir les parents de Stradi l'accompagner et l'aimer, de voir son père plonger dans une douce folie, impuissant face au handicap de son fils mais faire un combat de sa vie pour trouver une solution.

    -Parce que ce livre est résolument optimiste, donne de l'espoir à tous ceux qui sont différents et change notre regard sur les handicapés.

    Le dernier mot revient à Stradi qui continue à avancer et à grandir.

    "A vrai dire, je me suis toujours senti comme un funambule. J'ai avancé dans cette société en prenant mille précautions.Légèrement au-dessus, un peu au-dessous ou complétement à côté, je ne sais trop où, mais jamais en son sein. Je me suis maintenu en équilibre tant bien que mal, sachant que je pouvais chuter à tout instant. J'aurais pu considérer mon violon comme un don de la nature mais il était trop lourd à porter. J'ai avancé dans la vie comme un funambule sur le sable, avec un don que je ne pouvais pas utilisé, empêtré et maladroit".

     

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